Le Miroir

Méditation sur le miroir dans ses différents aspects…

Le reflet, Le renversement, Le caché, Le point de passage

« Dans ce monde nouveau de qualités lumineuses, le disciple apprend à vivre et à travailler intuitivement – en instaurant des relations essentielles avec les vies qui imprègnent toutes les formes. »[1]

Le miroir dans son aspect exotérique

L’étymologie du mot français « miroir » vient de « mirari », « mirare », qui signifie « s’étonner », « s’émerveiller », « regarder avec admiration » ou « regarder attentivement ».  On retrouve cette racine dans les mots « admirer », « miracle », « mirobolant » mais aussi « mirage ». Ce dernier mot exprime bien la nature duelle de cet objet qui nourrit bien des légendes…Le miroir… dans son aspect exotérique est simplement… le reflet du visible. La forme apparente, l’image extérieure, le reflet. Un miroir est un réceptacle réfléchissant, qui tire son pouvoir de la lumière. « Un reflet régulier ou spécifique, tel qu’on le voit dans un miroir, requiert une surface extrêmement lisse, dont les irrégularités sont plus petites qu’une longueur d’onde de lumière. Elle doit être très brillante pour absorber le moins de lumière possible et en réfléchir le plus. Selon les lois de la réflexion, le rayon incident frappe la surface du miroir et rebondit avec un angle égal mais opposé. La lumière réfléchie contient le même message que celle incidente, rien n’étant absorbé pour restructurer son flux. L’observateur voit donc l’image originale en détail, avec l’inversion nécessaire. » [2]

Schéma de la réflexion spéculaire

 

Le miroir dans son aspect ésotérique

En latin, miroir se dit « speculum », qui a donné le mot spéculation, au sens de la réflexion, contemplation intellectuelle, raisonnement. A l’origine, « spéculer » signifiait observer le ciel, le mouvement relatif des étoiles… le miroir était utilisé pour observer le ciel…« Déjà dans la cosmologie traditionnelle, le miroir apparaît comme un lien privilégié entre le microcosme humain et le mésocosme sidéral, où gravitent les astres, la Lune et l’éther, en qui déjà l’être divin se réfléchit une première fois. Les miroirs vont servir ainsi à capter au ciel visible les reflets émanés du centre de toute la création. »[3]Là encore, on touche au domaine de la Connaissance. Le Cosmopolite écrit : « Quiconque regarde en ce miroir peut voir et apprendre les trois parties (qui sont l’alchimie, l’astrologie et la magie spirituelle/théurgie) de la sapience (Sagesse profonde) de tout le monde, et de cette manière, il deviendra très savant en ces trois règnes... »

Le miroir est de nature duelle…

« En sa dimension magique, le miroir est un accessoire de truqueur, un instrument d’illusion qui nous fait souvent paraitre plus ou moins que ce que nous sommes réellement. Mais considéré comme un marqueur de notre capacité à réfléchir, le miroir est aussi un moyen de salut. Ce n’est qu’en fixant son reflet que Persée put décapiter la belle Méduse à chevelure de serpent, et non par un regard frontal. »[4]

Dans son aspect ésotérique, le miroir nous met donc face à nous-mêmes.

A ce titre, le miroir est l’instrument de la scission, car pour se connaitre, se comparer et s’apprécier, il faut se voir deux…[5] Le miroir et l’ombre symbolisent le reflet, la duplication et le caractère illusoire des apparences. Avant le miroir, l’ombre fut la première forme de reflet, indissociable du corps, suggérant très tôt l’idée d’un double immatériel ou d’une âme. Reconnaître son ombre permet de devenir un être plus complet. Dans cette perspective, le miroir devient un symbole d’introspection, révélant l’ombre et aidant à dépasser les illusions de l’ego.« Le but du miroir n’était pas d’y laisser un homme s’y contempler matériellement puisque le miroir, à peine abandonné, il perdait tout de suite le souvenir de son image. Le miroir représente l’Esprit divin. Quand l’âme s’y regarde, elle aperçoit les choses honteuses qui sont en elle et les rejette. Purifiée, elle imite et prend pour modèle l’Esprit Saint, devient elle-même Esprit, possède le calme et revient incessamment à cet état supérieur dans lequel on connait le Divin et on en est connu. Devenue alors sans ombre, elle se débarrasse de ces liens et de ceux qu’elle a en commun avec le corps. »[6]

Picasso, Fille devant un miroir, 1932.

« Le miroir sera l'instrument de l'Illumination. Le miroir est en effet symbole de la sagesse et de la connaissance, le miroir couvert de poussière étant celui de l'esprit obscurci par l'ignorance. La Sagesse du grand Miroir du Bouddhisme tibétain enseigne le secret suprême, à savoir que le monde des formes qui s'y reflète n'est qu'un aspect de (…) la vacuité. »[7] « Comme un miroir, lorsqu’il est bien fait, reçoit sur sa surface polie les traits de celui qui lui est présenté, ainsi l’âme, purifiée de toutes les salissures terrestres, reçoit dans sa pureté l’image de la beauté incorruptible. (…) « Chaque planète est la réflexion du mental de l’individu. Le pouvoir réfléchissant d’une surface est appelé « albédo ». Sa valeur est zéro quand ce pouvoir réfléchissant est nul, il est de « un » lorsque ce pouvoir est optimal, tel un miroir dont la surface est parfaitement lustrée. »[8] « L’albédo (blancheur en latin) est en alchimie l’une des phases du Grand Œuvre, l’œuvre au blanc, postérieure du nigredo… La Vie qui a vaincu la Mort… Il s’agit de la purification de la masse informe issue du nigredo… C’est la phase de distillation de la matière, la libération de l’âme des liens de corporéité… »[9]

Pour créer…« Commence... par te considérer toi-même, bien plus, finis par là... Tu es le premier, tu es aussi le dernier...[...] Comment demandes-tu à me voir dans ma clarté, toi qui ne te connais pas encore toi-même ? »[10]

« L'Intelligence céleste reflétée par le miroir s'identifie symboliquement au soleil : c'est pourquoi le miroir est souvent un symbole solaire. » [11] « Il renvoie les rayons de lumière symbolisant le Verbe, le logos ou l’absolue vérité. Il représente alors l’œil de Dieu. »[12] « Le hiéroglyphe égyptien utilisé pour écrire le mot « vie », l’ankh, désignait également le miroir en tant que tel – confirmant son assimilation à l’essence de toute chose. De fait le miroir représentait le disque solaire, source de la lumière contenant l’essence de la vie. " ANKH, Miroir, symbolise l’éternité du rayonnement cosmique, capable de retenir la lumière des origines. Ankh se dit aussi ITEN ou OUNHER : « ouvrir, découvrir la face ». Il permet de s’identifier à Hathor, telle la Lune réflecteur du Soleil. La Lumière de l’âme, Hathor-Lune, est le Miroir-Antimoine ». Hathor et Pluton sont liés ésotériquement. Hathor est la demeure d’Horus/Ré ! Ils accordent la seconde vue au disciple. »[13]

Le miroir est donc aussi un symbole lunaire, en ce sens que la lune, comme un miroir, reflète la lumière du soleil.  Plus le mental est pur, mieux il réfléchit la lumière du Soi. La Pleine Lune est la métaphore du miroir lustré.[14] La Vierge Marie est le miroir lui-même – le speculum sine macula – le miroir sans tache. Elle reflète parfaitement l’être de Dieu, car le divin se manifeste en son fils, Jésus.[15] « Un lien très ancien entre le féminin et les miroirs est à la base du concept kabbalistique de la Shekinah, « la présence féminine habitante de Dieu dans le monde. » (…) .  Comme le miroir qui ne brille pas, elle reflète activement tout ce que les sefirots signifient. »[16]

Le miroir dans son aspect occulte

Le miroir… qui est le passage. L’inversion. La Metanoïa. La seconde naissance.

« L’Ego est le Miroir « Immaculé » du Seigneur, dans lequel ce dernier se voit Lui-même, « Je Suis ce que Je Suis », E’heye Asher E'heye.  »[17] « Tant que le premier homme a été créé « à l’image de Dieu », il est un miroir du créateur appelé à renvoyer à celui-ci son image… »[18] « Le dieu des hébreux, nom imprononçable est Yod He Vav He – qui signifie l’Etre, le Je Suis. Que Moise, sauvé des eaux, rencontre au buisson ardent. En hébreux, il est traduit par « E’heye Asher E'heye » – l’être face à l’être ! Puisque lorsque Moise demande à Dieu « Quel est ton nom ? », Il lui répondra, « Je suis » (Je serai qui je serai). Ceci correspond au signe de la Balance (sous la régence de Vénus, qui est sa maitresse). Vénus est « Vav », reliant les deux « He ». « Yod He Vav He » forme 26, qui donne 8 par réduction théosophique ; la lettre hébraïque « Het » qui signifie passage. »

« Les deux deviendront un. »[19]

Le miroir étant de nature duelle… Le signe des Gémeaux illustre ses qualités.

L’une des tapisseries formant la tenture dite de « La Dame à la Licorne » (XVIème siècle) réunit en une seule image les constellations qui incarnent le miroir et sa symbolique.

La femme au centre de l’œuvre représente la Vierge (Kanya ou Marie, dont on a vu plus haut qu’elle symbolisait le miroir, le reflet de Dieu, la pureté, sans mental), tient dans sa main un miroir qu’elle tend vers la licorne (le Capricorne, l’Initiation), à sa gauche. A sa droite, se trouve le Lion, Sirius, la conscience de soi, l’individuation. Le Palais des Glaces de Versailles compte d’ailleurs 357 glaces, qui, par réduction théosophique donne 6 (3+5+7). La Maison 6, maison de la Vierge sur la Voie du Retour, ou de la Balance (la synthèse) sur la Voie de l’Aller. Entourée de ces deux animaux, la Vierge, la matrice, se tourne vers le Capricorne… autre signe de Terre, pour former un trigone.

Ces trois signes (Lion, Vierge, Capricorne) incarnent quelques-uns des plus grands mystères occultes…

  1. Le mystère du Lion et de l’unicorne

« Ce secret est conservé pour nous dans l'ancienne berceuse sur le "lion et l'unicorne partant vers la ville", et qui contient d'une manière singulière le secret de l'initiation, et l’”ascèse" de l'être humain vers le portail d'admission dans la Hiérarchie aussi bien que la "résurrection mystique" dont la Maçonnerie garde la clé. Ceci se rapporte à l'émergence de la conscience de l'initié (blanche et polarisée) la défaite du roi des bêtes, la personnalité, conduisant au triomphe du groupe et de la conscience mondiale, triomphe de l'altruisme et de l'illumination sur la conscience de soi et l'égoïsme. Dans la version correcte de cet ancien mythe, le roi des bêtes est aveuglé et tué par le percement de son œil et de son cœur par la longue corne de l'unicorne. »[20] Le Lion et le Capricorne forment un quinconce.

  1. Le mystère du Sphinx

« A l'origine, le zodiaque comprenait seulement dix constellations ; à une certaine date, en vérité inconnue, les constellations du Lion et de la Vierge n'étaient qu'un seul symbole. Il se peut que le mystère du Sphinx ait un rapport avec ceci car, dans le Sphinx, nous avons le lion avec une tête de femme, Lion et Vierge, le symbole du lion ou âme royale et sa relation avec la matière ou aspect-Mère, ce qui peut donc signifier deux polarités, masculine et féminine, positive et négative. »[21] Le Lion, les Gémeaux (sextile) et le Capricorne forment un aspect astrologique appelé le « Yod » ou doigt de Dieu (Capricorne, sommet du Yod), dont la Clé est la Vierge (le miroir) !

Triangle

 

Le Miroir de Vénus, E. Burne-Jones, 1877.

« Vénus est la plus occulte, la plus puissante et la plus mystérieuse de toutes les planètes. (…) L'esprit de la Terre est soumis à Vénus et ces deux planètes sont appelées “sœurs jumelles.” »[22] « Vénus est le régent ésotérique des Gémeaux et la Terre en est le régent hiérarchique. Ceci intensifie tout ce qui survient et conduit à l'épanouissement de la conscience de l'universalité sur notre planète, dont le mot "Hiérarchie" est la clé. Vénus est l'alter égo de la Terre, et c'est véritablement sa planète complémentaire et supplémentaire. Vous avez ainsi l'établissement d'un double rapport : celui ; des Gémeaux eux-mêmes, les deux frères, et celui entre la Terre et Vénus. (…) La Terre est reliée particulièrement au "frère dont la lumière s'estompe", car la Terre, comme vous le savez, n'est pas une planète sacrée et pour le moment elle est reliée à l'aspect de la divinité matériel ou substantiel ; Vénus est étroitement reliée au "frère dont la lumière croît toujours plus fortement de cycle en cycle" et reliée par conséquent à l'âme dont la nature est amour. »[23] « En méditant sur Vénus, régent ésotérique des Gémeaux, l’attention se porte sur la relation libre entre les paires d’opposés, sur la vacuité des forces en place, sur l’impermanence des formes et leur interdépendance. »[24] L’hermaphrodisme est l’union d’Hermès/Mercure et d’Aphrodite/Vénus en Gémeaux.[25]

« Je reconnais mon autre soi et dans l’effacement de ce soi, je croîs et je luis» (Gémeaux)

 

 

 

[1] Bailey, Alice A. De l'intellect à l'intuition. Lucis Trust, 1990, p. 96–97.

[2] « Miroir ». Traduction en français, Theosophy Trust, https://theosophytrust.org/735-mirror. Consulté le 15 juin 2025.

[3] Wunenburger, Jean-Jacques. Le miroir, le secret et le sacré. PDF, Ostium, https://ostium.sk/language/sk/le-miroir-le-secret-et-le-sacre/. Consulté le 15 juin 2025.p.5.

[4] Le Livre des Symboles. Réflexions sur des images archétypales. Traduit de l'anglais par Ami Ronnberg et Kathleen J. Martin, Éditions TASCHEN, 2011. p.592.

[5] Le symbolisme du miroir : interprétation, signification. JePense.org, 5 févr. 2019, https://www.jepense.org/symbolisme-du-miroir/. Consulté le 15 juin 2025.

[6] Evola, Julius. La tradition hermétique. Traditionnelles, 2004. p.75.

[7] Chevalier et Gheerbrant, Dictionnaire, p. 735.

[8] Anthéa, Méditations, p.78.

[9] « Albédo (alchimie) ». Wikipédia, version du 15 juin 2025, https://fr.wikipedia.org/wiki/Alb%C3%A9do_(alchimie). Consulté le 15 juin 2025.

[10] Citation de Saint-Bernard de Clairvaux dans Ferré, Dictionnaire des symboles maçonniques.

[11] Chevalier et Gheerbrant, Dictionnaire, p. 735.

[12] Le symbolisme du miroir, JePense.org.

[13] Anthéa, Méditations, p.519.

[14] Anthéa, Méditations, p.78.

[15] Werness, The Symbolism of Mirrors, p.9.

[16] Werness, The Symbolism of Mirrors, p.9.

[17] Anthéa, Méditations, p.57.

[18] Ébert, Narcisse et Adam.

[19] Bailey, Alice A. Psychologie ésotérique I : Traité sur les sept rayons. Volume 1. Lucis Trust, 1990. [14@247].

[20] Bailey, Alice A. Astrologie ésotérique (Un Traité sur les Sept Rayons, vol. 3). Lucis Trust, 1991. p.145.

[21] Bailey, Les Travaux d'Hercule, p.96–97.

[22] Bailey, Alice A. Astrologie ésotérique (Un Traité sur les Sept Rayons, vol. 3). Lucis Trust, 1991. [673].

[23] Bailey, Alice A. Astrologie ésotérique (Un Traité sur les Sept Rayons, vol. 3). Lucis Trust, 1991. [16@361].

[24] Anthéa (non daté) Le Livre de Méditation des Pleines Lunes. Altaïr. p.35.

[25] Anthéa, Méditation des Pleines Lunes, p.172.